MAÏA PLISSETSKAÏA

Née en 1925, Maïa Plissetskaïa comme tous ses concitoyens connut les années de l'immédiate après-révolution bolchévique et les pires années de la terreur stalinienne. Son père Mikhaïl Plissetski, ingénieur des mines de la concession du Spitzberg et consul d'URSS, fut fusillé sur les ordres de Staline. Sa mère, Rakhil Messerer, actrice du cinéma muet, fut emprisonnée et déportée en tant que femme d'un "ennemi du peuple". Le plus jeune frère de Maïa, Azari PLissetski, aujourd'hui maître de ballet au Béjart Ballet Lausanne, fut déporté avec sa mère. Maïa fut élevée par sa tante maternelle Sulamith Messerer, étoile du Ballet du Bolchoï qui dut se battre pour que sa nièce ne soit pas confiée à un orphelinat. Paradoxalement, c'est ce qui permettra à Maïa de débuter sa carrière de ballerine en bénéficiant de l'enseignement de sa tante et de son oncle, Assaf Messerer qui fut l'un de ses meilleurs pédagogues de l'école de danse du Bolchoï. Cette étiquette de "fille d'un ennemi du peuple" et de personne "politiquement peu sûre", Maïa dut l'assumer toute sa vie. Période stalienienne, guerre froide, dégel, stagnation, perestroïka, les présidents de l'Union soviétique se succédèrent à la tête du pays sans que Maïa puisse jamais baisser sa garde. Interdictions de sortie du pays pendant six ans, vétos sur ses projets artistiques, filatures du KGB, intrigues politiques visant à la discréditer auprès de ses concitoyens, immixtion dasn sa vie privée et surveillance de ses amitiés à l'étranger, notamment celle qui la lie à Robert Kennedy, la vie de Maïa fut celle d'une résistante. Le gouvernement l'utilisa comme ambassadricce extraordinaire à l'étranger tout en lui faisant l'affront de vexations incessantes à Moscou. Si les tournées du Bolchoï rendirent Maïa Plissetskaïa célèbre dans le monde, c'est en France qu'elle connut ses plus grands succès. Elle fut l'invitée de l'Opéra National de Paris, du Ballet du XXème siècle de Maurice Béjart, le Ballet National de Lausanne, le Ballet de Nancy, la Biennale de Lyon et de la plupart des festivals de danse majeurs. Le gouvernement de la République lui rendit hommage en la faisant Chevalier dans l'Ordre des Arts et Lettres et Chevalier de la Légion d'Honneur, fait sans précédent pour une artiste soviétique. Maïa Plissetskaïa dirigea le Ballet de l'Opéra de Rome ainsi que le Ballet National d'Espagne. Elle est l'auteur d'un livre de mémoires, "Moi, Maïa Plissetskaïa" traduit en dix langues (Editions Gallimard).
Maïa Plissetskaïa vit aujourd'hui entre l'Allemagne (Munich où elle réside avec son époux le compositeur Rodion Chtchédrine), et la Lituanie d'où sa famille maternelle est originaire.